Rechercher

Des ogres





Les contes de nos pères parlaient des ogres. Affreux mangeurs de chair humaine. l’histoire parle des tribus sauvages, Les cannibales des forets. le cœur se soulève d’horreur et de dégout quand on y pense. il y a pourtant parmi nous, tout près, des hommes qui dévorent d’autres hommes tout vifs ! Des ogres qui sucent le sang jusqu’à la dernière goutte, et qui dévorent, rongent, écorchent jusqu’au dernier sou. quant à toi, travaille si tu le désires, nuit et jour, sans arrêt, comme une bête de somme. pire, dimanches, fêtes, tous les jours, sans arrêts, sans arrêt jusqu’au cimetière. Eux s’en iront se promener, se pavaner de-ci de-là, à la poursuite de leurs plaisirs dans le vrombissement de leurs moteurs les ogres, et toi, pauvre gueux, prends garde de ne pas te trouver sur leur chemin avec ta brouette vermoulue ou ta vieille jument... prends garde ou l’on t’écrasera comme un œuf,

comme un champignon ! ne vois-tu pas que la route leur appartient complètement si tu as un peu de chance tu t’en tireras avec quelques injures. en français bien sur. c’est là une langue de civilisé.


Anjela Duval (1964)